Création Critique de livre

L’Alchimiste : une immense déception

L’Alchimiste

Tome 1 de la saga Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel

(Michael Scott)

19 mai 2021
I. Fiche technique

Date de parution : 06/2008
Maison d’édition : Pocket Jeunesse
Illustrateur : Michael Wagner
ISBN : 978-2-266-16917-2
Genre : Low fantasy
Grand Format broché
Nombre de pages : 384 pages
Dimensions : 14 cm × 22,5 cm × 3 cm
Prix : 19 €

II. Paratexte
Première de couverture :
Titre : L’Alchimiste
Sous-titre : Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel
Auteur : Michael Scott
Maison d’édition : Pocket Jeunesse
Quatrième de couverture :
Accroche de l’œuvre
III. Synopsis

Deux jumeaux, Sophie et Josh, sont témoins d’un vol d’un manuscrit dans une librairie. Or ce vol n’a rien d’un larcin ordinaire : un homme mystérieux entouré de golems subtilise à Nick Fleming, de son vrai nom Nicolas Flamel, le Livre permettant de rester immortel. Pour leur permettre de survivre sans se faire attaquer par cet homme nommé John Dee, Nicolas prend sous son aile les jumeaux et les emmène dans le seul lieu où ils devraient être en sécurité, le royaume des Ombres d’Hécate.

IV. Critique
1. Premières impressions avant la lecture

Avant de commencer la lecture de ce roman, il faut savoir que Michael Scott est un auteur irlandais avec un immense succès dans son pays, spécialisé dans la mythologie et le folklore. Il a publié plusieurs sagas, surtout orientées jeunesse, et quelques-unes ont été traduites en français. Dans la mesure où si peu ont été traduites, nous pouvons penser que ce sont les meilleures qui ont été sélectionnées, problématique que nous développerons un peu plus tard dans la critique. Les secrets de l’immortel Nicolas Flamel ont été édités par la maison d’édition PKJ (Pocket Jeunesse), une grande maison d’édition qui publie des best-sellers internationaux. C’est donc le deuxième argument qui va dans le sens du bon roman, voire très bon.

La première de couverture possède quelques éléments en relief et met en scène des inscriptions et des symboles rappelant l’alchimie, ainsi que le parchemin évoqué dans la quatrième de couverture. Cette dernière est très courte et comporte peu d’informations. Celles-ci sont néanmoins suffisantes pour dire que le genre du roman est indéniablement de la fantasy, avec un récit de quête classique. Aussi, deux personnages sont mis en avant, Josh et Sophie, probablement jeunes et sujets à une prophétie à cause de ces quelques mots : « Seuls Josh et Sophie sont capables de sauver l’humanité. ». Mais ce qui m’a attirée le plus dans ce roman, c’est le thème de l’alchimie qui était la raison de mon achat. Avant de le lire, j’avais donc de grandes attentes pour cette lecture, et j’étais notamment intéressée par le traitement du sujet qui avait piqué ma curiosité.

2. L’intrigue

Tout d’abord, l’intrigue est découpée en deux parties symbolisant les deux jours durant lesquels le récit est narré : le 31 mai et le 1er juin. Lorsque j’ai constaté cette segmentation, j’ai été très surprise. Comment une intrigue d’un roman de 350 pages peut se contenter de vingt-quatre heures pour se développer ? C’est déjà le premier indice qui montre que ce livre manque cruellement de réflexion. Outre cela, l’intrigue est somme toute très classique, racontant un récit de quête avec la présence excessive d’une prophétie. Si cette prophétie n’avait pas existée, le roman aurait été le même, même si les jumeaux auraient légèrement eu moins d’importance, sachant qu’ils n’en ont déjà pas beaucoup.

Dès les premiers chapitres, nous constatons une structure scénique pompeuse mais bien inutile, qui m’a davantage fait lever les yeux au ciel plutôt que ressentir une tension qui s’apparenterait à du suspens. Les chapitres se terminent généralement par des cliffhanger ou des dialogues chocs, avec une chute qui se veut percutante, mais qui est en réalité exaspérante.

En passant d'un personnage à un autre, l'auteur semble complètement oublier ce qu'il s'était déroulé avant. Un exemple vaut mieux que mille mots : au tout début du récit, Sophie souhaite téléphoner à son frère, puis le narrateur passe au point de vue de Josh et lorsqu'il revient sur Sophie, celle-ci fait son travail comme d'habitude en ayant totalement oublié qu'elle voulait joindre Josh, alors que seules quelques secondes se sont écoulés entre les deux scènes. D'autres incohérences s'éparpillent dans le récit comme lorsque Dee a volé le Codex, que Nicolas affirme qu'il ne se rendra compte des pages manquantes qu'après plusieurs centaines d'années de lecture mais que dans le chapitre suivant, un seul coup d'œil permet à Dee de constater l'absence de ses deux feuilles mais aussi leur contenu et leur importance.

Aussi, Nicolas Flamel, privé du Codex, n'est plus immortel et vieillit à un rythme d’un an par jour. Par conséquent, étant donné que l'intrigue de ce roman se déroule en moins de deux jours, Nicolas ne vieillit que d'un ou deux ans. Or le narrateur le décrit au bout de quelques heures avec des problèmes cardiaques, des cheveux grisonnants et une multitude de rides autour des yeux. Là encore, le récit manque de réalisme car en quelques mois, les changements physiques ne sont pas aussi marqués, même dans la cinquantaine, l'âge que je présume être celui du couple Flamel. Les incohérences liées au traitement du temps se retrouvent dans tout le récit, probablement dû au fait que Michael Scott se soit obligé à faire tenir une intrigue entière en vingt-quatre heures.

Pour finir de démontrer que l’intrigue n’a pas de réel intérêt, j’affirme que tout est beaucoup trop facile pour les deux jumeaux : alors qu'ils ont une chance minime de s'en sortir à chaque péripétie, ils y parviennent comme par hasard sans aucune contre-partie négative comme une blessure physique où un coût psychologique ou mental à cause de l'utilisation de la magie. Bien qu'ils soient les élus de la prophétie, ils ne traversent en réalité aucune difficulté. Et c’est fatiguant de lire chaque scène en se disant que, de toute façon, le peu d’effort que Michael Scott met en œuvre pour rendre son récit intéressant est réduit à néant en s’enfermant dans une intrigue dont le dénouement est déjà clair dès le début.


À la fin du roman, j’ai cru qu’une amélioration était possible lorsque Josh envisage de passer du côté de John Dee. Je me disais que les prochains tomes pouvaient être mieux que celui-ci si la tension dramatique entre les jumeaux était exacerbée et qu’ils se trouvaient séparés par des convictions différentes. Malheureusement, lors de la scène où le changement était possible, John Dee était aussi ridicule que d’habitude et n’aurait jamais pu convaincre Josh. Par conséquent, la situation avant cette scène et après est exactement la même, sans aucune variation. L’impression de déjà vu est constante dans ce roman.

3. L’univers de l’intrigue

L’univers du roman se trouve à la côte ouest des États-Unis dans les années 2000. Par conséquent, nous pouvons retrouver un grand nombre de références au monde réel, non seulement à travers les technologies mises au point dès cette époque, mais aussi à travers des références culturelles, comme des films ou des groupes de musique. Ce procédé, utilisé à outrance, peut rapidement alourdir le récit, mais ce n’est étonnamment pas le cas dans ce roman. Ces références sont utilisées la plupart du temps par les deux enfants Josh et Sophie, ce qui est parfaitement normal étant donné qu’ils sont des humains vivant dans le monde réel, jusqu’à l’élément déclencheur.

Comme je l’ai déjà fait remarqué plusieurs fois, l’univers de ce roman est très peu vraisemblable (je parle évidemment des incohérences et non de la présence de magie étant donné que nous sommes dans un roman de fantasy) : deux adolescents de 15 ans qui travaillent déjà (une dans un salon de café et l'autre dans une librairie) et qui économisent pour acheter une voiture, sans penser à passer le permis et les frais qu'il engendre, et en omettant totalement l'école alors qu'elle est obligatoire jusqu'à 16 ans (le permis pouvant être obtenu à 16 ans) aux États-Unis. Je relève également quelques incohérences comme dire que l'été est passé alors que le récit se déroule entre le 31 mai et le 1er juin et que si l'auteur a voulu parler de l'été de l'année passée, les incohérences sont encore plus évidentes. Par ailleurs, soulignons l'absence des parents. Les adolescents sont livrés à eux-mêmes, laissés à San Francisco par des parents trop occupés par leur travail et hébergés par leur tante (qui est totalement absente du récit et qui ne s’inquiète pas de l’absence des jumeaux). Malgré tout, ces enfants ont besoin de travailler pour se payer leur voiture alors qu'ils n'ont même pas l'âge de la conduire, l'âge légal étant de 16 ans (et de toute façon, Josh étant un danger public sur la route, je ne vois pas comment l’idée d’acheter sa propre voiture ait pu lui traverser l’esprit). Il est également précisé que les deux jumeaux sont laissés seuls pour les vacances d'été, mais celles-ci ne débutent aux États Unis que mi-juin et non en mai. La question de l'école revient une nouvelle fois.

En ce qui concerne la magie, celle-ci est principalement présentée par l’introduction des différentes mythologies dans le récit. Ainsi, nous avons des éléments provenant de la mythologie grecque avec Hécate, de la mythologie nordique avec Yggdrasil, de la mythologie égyptienne avec Bastet, etc… Cela n’est pas étonnant étant donné que Michael Scott est spécialisé dans le folklore et les mythologies, et retrouver quelques uns de ces éléments fait un peu de bien au roman. Cependant, ces références ne sauvent pas le roman. Je n’ai pas saisi la raison de pourquoi toutes ces mythologies étaient mélangées. C’est d’ailleurs également le cas de la magie en général dans le livre. Nous ne savons pas comment elle fonctionne (et j’ai même l’impression que les personnages non plus puisque leurs actions vont souvent à l’encontre de leurs croyances), ce qui est inquiétant pour un roman de fantasy. En effet, la principale caractéristique d’un roman de fantasy est la construction d’un monde cohérent, alors que ce n’est pas vraiment le cas dans L’Alchimiste.

4. Les personnages

Les personnages sont rangés dans des cases narratives très claires : il y a deux personnages principaux avec Josh et Sophie, trois personnages secondaires avec Nicolas et Pernelle Flamel ainsi que John Dee, et les personnages tertiaire avec toutes les figures mythiques telles que Hécate, Bastet etc. Cette classification n’est pas du tout gênante, bien au contraire pour un roman pour jeunes adolescents. Cependant, le problème principal réside dans l’absence de développement de ces personnages. Je préfère illustrer mes propos par des exemples afin d’expliciter mes pensées et pointer du doigt les éléments qui font que le roman est illogique. À 15 ans, Josh et Sophie ne savent pas ce que sont les golems mais en revanche ils connaissent le nom des cratères sur la Lune et savent différencier les dinosaures. De plus, les personnages ne semblent pas ressentir la fatigue, même après une nuit blanche et une bataille effrénée.

Quant à John Dee, l'antagoniste, il n'a aucune saveur. C'est un personnage qui ne fait que brailler sur ses sbires et se moquer de ses opposants alors qu'il n'est capable de rien. Nous pouvons même douter de son intelligence lorsqu'il ne pense même pas aux failles de ses plans qui ne tiennent pas la route, laissant les protagonistes se sortir des situations difficiles finalement sans aucune difficulté. Malheureusement, ces scènes arrivent trop souvent dans le roman. Si on me disait que Dee avait huit ans, je l'aurais cru sans sourciller. C'est un véritable enfant qui tape du poing et des pieds dès que quelque chose ne va pas. Ce personnage est un gâchis pour le potentiel qu’il pouvait avoir dans le roman.

Ensuite, concernant les personnages appartenant à la race des Aînés (ou plus simplement les dieux) ont l'air complètement humains, ce qui est une très mauvaise chose. Ils n'apparaissent pas comme des personnages omniscients alors que leur condition immortelle ou presque et leur âge auraient dû leur faire acquérir un savoir dépassant celui d'un humain mortel, même si celui-ci a vécu quelques centaines d'années. Le potentiel de ces personnages est une nouvelle fois gâché par la volonté de l’auteur de les faire paraître plus sympathiques qu’ils ne devraient.


Le tome 2 est largement préparé dans ce premier tome, notamment avec la transformation de Sophie. Malheureusement, bien que laisser des éléments pour permettre d’écrire une suite peut être intéressant, ces éléments doivent être traités dans une continuité par rapport au tome précédent, ici le premier. Or, Sophie (et Josh lorsqu’il aura passé sa transformation s’il parvient à la passer) a acquis des pouvoirs au milieu du roman mais n’évolue pas davantage alors qu’elle aurait pu s’y intéresser et s’entraîner au lieu de l’utiliser au hasard lorsqu’il n’y a aucun autre moyen de se sortir de situations difficiles.

5. L’écriture

L’écriture n’est ni bonne ni mauvaise, elle est seulement simpliste pour que le lectorat, aussi jeune soit-il, puisse comprendre le récit. Cependant, lorsque l’histoire et l’univers du roman ne sont pas très bien construits, il est judicieux de se concentrer sur le style d’écriture afin de faire passer la pilule plus facilement. Malheureusement, ce travail n’a pas été fait, et je ne sais pas s’il faut blâmer la traduction pour cela ou non. Le seul intérêt que je vois de lire ce livre aussi plat et inintéressant c'est de faire découvrir la lecture à un enfant qui apprend à lire, entre 6 et 8 ans, avec l'aide des parents. Mais si l’enfant a déjà mis un pied dans la fantasy, il ne vaut mieux pas s'embarrasser à lire ce roman qui ne développera pas le lecteur.

Beaucoup de dialogues mettent en scène des conversations extrêmement stéréotypés, entre l'antagoniste qui dit qu'il accepte d'épargner des vies parce qu'il est comme par hasard de bonne humeur ou Nicolas qui ne voit pas d'autre choix que de révéler l’existence de la magie à Sophie et Josh, si ce n’est les tuer. Par conséquent, tout a un goût de déjà vu, avec des idées prises dans des milliers d'autres intrigues. Alors que j’étais impatiente de lire ce roman, je ne pense pas continuer la saga à cause du peu d’efforts faits à plusieurs points de vue.

V. Conclusion
Point positif :
– présence d’éléments de différentes mythologies
Points négatifs :
– incohérences beaucoup trop nombreuses
– personnages sans caractère et stéréotypés
– aucune tension dramatique
– traitement absurde du temps et de la magie

Lecture entre 6 et 10 ans

Note :
Cet article vous a plu ? Partagez-le !
Vous devez vous connecter ou vous inscrire pour liker un article.

Commentaires : 0

Il n'y a pas encore de commentaire.

Laisser un commentaire